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"Quand tu écouteras cette chanson" - Lola Lafon

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"Vivre, sans l’écriture, me va mal, comme un habit trop lâche dans lequel je m’empêtre." L’ouvrage s’inscrit dans la collection "Ma nuit au musée", des Editions Stock, qui consiste à proposer à un auteur de produire un texte à partir de la nuit qu’il aura passé, seul, dans le musée de son choix. Lola Lafon a choisi la Maison d’Anne Frank, à Amsterdam. C’est dans ce lieu d’une quarantaine de mètres carrés, situé au-dessus de l’entreprise familiale et que les Frank appelaient l’Annexe, qu’Anne, ses parents et sa sœur, ainsi que la famille d’un des employés de son père, ont passé 760 jours à se cacher des autorités nazies. Plus de deux ans à vivre terrés les uns sur les autres, dans le silence et l’immobilité, avant d’être arrêtés et déportés, probablement suite à une dénonciation. Otto Frank, le père d’Anne, sera l’unique survivant du groupe. Lola Lafon souligne d’emblée le paradoxe autour d’Anne Frank, victime de la Shoah la plus célèbre au monde dont on ne sait fina...

"Lettres persanes" - Montesquieu

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"J’avoue que les histoires sont remplies de guerres de religion : mais, qu'on y prenne bien garde, ce n'est point la multiplicité des religions qui a produit ces guerres, c'est l'esprit d'intolérance, qui animoit celle qui se croyoit la dominante." Deux grands seigneurs d’Ispahan, Usbek et Rica, partent en voyage à Paris, alors considéré comme le "siège de l’empire d’Europe". Ils y resteront neuf ans, de 1711 à 1720. Ces "Lettres persanes" sont la transcription de la correspondance qu’ils entretiennent au cours de ce séjour avec certains de leurs proches restés au pays ou vivant dans d’autres endroits du monde. Afin d’éviter la censure de l’ouvrage, paru dans un premier temps aux Pays-Bas, Montesquieu a prétendu n’en être que l’éditeur et traducteur. Cette correspondance témoigne de leur découverte des coutumes, des valeurs, du fonctionnement d’un monde occidental dont ils fréquentent la cour, les salons, les lieux de divertissement et ...

"Chiennes de garde" - Dahlia de la Cerda

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"La vie est une chienne. C’est pour ça qu’il faut ruer dans les brancards, même si elle est féroce, cette fille de pute." C’est un recueil tourné vers le féminin, empreint de rage et de détermination. Il est composé de treize textes portés par des voix de femmes, donc, et caractérisés par l’énergie qui résulte du mélange de crudité et de colère avec lequel elles s’expriment. La narration à la première personne du singulier a systématiquement pour destinataire un "tu" anonyme et silencieux, chaque partie se déroulant en un long monologue qui installe une oralité très prenante. On trouve parmi les héroïnes la fille d’un richissime narco trafiquant élevée dans un luxe indécent, une jeune femme issue d’une lignée de célèbres politiciennes, une tueuse à gages, une voleuse, un travesti, une villageoise émigrée à Ciudad Juarez pour travailler dans les maquiladoras… plusieurs d’entre elles parlent d’outre-tombe. Certaines apparaissent dans plusieurs textes, personnages seco...

"Devenir Zéro" - Anthony McCarten

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"Les paranoïaques sont persuadés d'être en permanence sous surveillance, convaincus qu'on les observe, mais la farce géniale de notre époque, c'est qu'en effet, ils sont observés ! Nous le sommes tous." Une simple bibliothécaire qui défie une grande entreprise de la tech et la CIA ? Voilà qui paraissait aussi intrigant que suspect…  La bibliothécaire, c’est Kaitlyn Day. Cette trentenaire vit à Boston, et a la particularité d’avoir été sélectionnée avec 9 autres candidats pour participer à la mission "Objectif Zéro", qu’orchestre Initiative Fusion, résultat d’un partenariat entre WorldShare, un groupe spécialisé dans la cybersécurité, et le gouvernement des Etats-Unis, entre autres représenté par la CIA. Le but du jeu ?  A partir du 1er mai, midi, les dix heureux élus ont deux heures pour disparaître, et rester introuvables jusqu’à la fin du mois.  L’enjeu ? Il s’agit pour les éventuels gagnants d’empocher la modique somme de trois millions de dollars...

"La tournée" - Maxime Rossi

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"Être infirmier libéral, c’est pousser la porte. Derrière, il y a l’opportunité d’une rencontre." Au vu des points communs qui lient l’auteur et son héros, on comprend sans peine que "La tournée" se nourrit abondamment de la propre expérience du premier. Après avoir été libraire pendant quinze ans, Maxime Rossi, désireux d’exercer un métier plus "proche de la vie", s’est formé comme pompier et infirmier.  C’est aussi le cas de son narrateur, dont nous suivons, sur une journée, la tournée d’infirmier libéral. Elle débute à cinq heures du matin, au moment où il prend la route au son de Bob Marley et au volant de sa vieille Mercedes, qui lui sert aussi de bureau, et dont le tableau de bord est jonché de livres.  Nous pénétrons à sa suite dans les intérieurs d’une patientèle dont des bribes d’intimité sont révélés par des détails -reliefs d’un dîner, contenu d’une bibliothèque-, qui souvent disent la vieillesse et la solitude. Car si l’occasion se présente par...

"Châtiment"- Percival Everett

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"Doux Jésus, fit Daisy. Il est vraiment neuneu, ce gamin. Y saurait même pas vider la pisse d’une botte avec le mode d’emploi écrit sur le talon…" C’est par ironie que la ville de Money, Mississippi, a été ainsi nommée. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les citoyens aux côtés desquels nous y pénétrons ne brillent pas par leur richesse intellectuelle… Le ton est immédiatement donné, et le contexte planté. Nous voilà plongés dans l’univers des rednecks , des " trouducs portant des casquettes Trump ", partagés entre fou rire et affliction face à leur vulgarité, leur bêtise crasse et leur méchanceté. Et ce n’est pas du mépris de classe de ma part, c’est juste ainsi que nous les présente l’auteur, forçant volontairement le trait et abusant des clichés.  L’intrigue débute avec le drame qui touche l’une de ces familles de ploucs, les Milam, dont le cadavre du chef de famille est retrouvé dans sa maison, émasculé, aux côtés du corps sans vie d’un noir de petite taill...

"Au cœur d’un été tout en or" - Anne Serre

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"Dans les nouvelles, les romans, il y a souvent des chutes en forme d’explication qui permettent d’avaler une histoire et de bien la digérer. Dans la vie, parfois, il n’y en a pas." C’est un court recueil, composé de trente-trois textes eux-mêmes très brefs, dépassant rarement les trois, quatre pages. Ils évoquent des épisodes assez hétéroclites : anecdotes à caractère personnel ou concernant des célébrités, souvenirs d’enfance, fictions parfois empreintes d’étrangeté… La quatrième de couverture les définit comme des "facettes", et cela me semble assez juste, car des récurrences lient l’ensemble, la plus évidente étant la présence de cette narratrice anonyme, qui semble être toujours la même, et qui est écrivaine. Des thématiques reviennent par ailleurs régulièrement dans les récits, comme celle du mystère que constitue la multiplicité des êtres, la part inconnue des autres ou de soi-même -possiblement génératrice d’angoisse, mais aussi source de richesse- ou encore...